L’Implant PRIMA, une révolution technologique dans la DMLA atrophique
Après plus de 25 ans de recherches, les résultats de l’étude européenne PRIMAvera marquent une avancée historique dans la prise en charge de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) avec une amélioration spectaculaire de l’acuité visuelle chez 81,3 % des patients. Retour sur une aventure scientifique où la ténacité humaine rencontre la micro-électronique de pointe.
Pr José-Alain Sahel
Fondateur de l’Institut de la Vision, président de la fondation Voir et Entendre. Concepteur & directeur de Vision Institute - Pittsburgh USA. ©DR

Serge Picaud
Directeur de l’Institut de la Vision. Directeur de recherche Inserm. ©DR
La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la première cause de cécité irréversible chez les personnes âgées. Elle affecte en effet plus de 5 millions de personnes dans le monde. Dans sa forme avancée, appelée atrophie géographique, elle provoque la mort progressive des photorécepteurs de la rétine, créant une tache aveugle, le scotome. Cette pathologie se caractérise tout particulièrement par la destruction de la macula, la partie centrale de la rétine, responsable de la vision fine et détaillée - celle qui permet de lire ou encore de reconnaître les visages, alors que la vision périphérique est préservée. L’impact de cette pathologie sur la qualité de vie des patients est donc majeur, et ce d’autant plus que, jusqu’à récemment, aucune thérapie ne permettait limiter l’évolution de la maladie ni de de restaurer la vision une fois les photorécepteurs disparus.
Désormais, grâce à une collaboration internationale d’ampleur, une solution émerge : l’implant PRIMA, une prothèse sous-rétinienne miniaturisée qui agit comme un substitut technologique aux cellules défaillantes de l’œil.
Une genèse sur un coin de table
L’histoire de PRIMA ne commence pas dans un laboratoire ultra-moderne, mais sur le quai d’une gare. A la fin des années 90, le Professeur José-Alain Sahel, alors directeur de l’Institut de la Vision à Paris, assiste à un congrès à Leipzig. La présentation des travaux d’un groupe allemand sur un projet d’implant rétinien le laisse dubitatif. « En sortant de la salle, je me suis demandé pourquoi je n’étais pas convaincu, et quelles étaient les questions qu’il me semblait crucial d’aborder dans ce type de projet », se souvient le Pr Sahel. C’est ainsi qu’il contacte le Professeur Avinoam Safran, chef du service d’ophtalmologie à l’Université de Genève et spécialiste du traitement de l'information visuelle. Avec Serge Picaud, chercheur à l’Institut de la Vision à Paris, ils décident de le rencontrer à mi-chemin entre Genève et Strasbourg, « afin que chacun puisse travailler le lendemain matin » précise le Pr Sahel. C’est donc à la gare de Bâle, dans un café, que sera tracée la feuille de route de ce qui est aujourd’hui l’une des plus belles réussites de synergie entre micro-électronique et biologie rétinienne.
"L'implant est comme un réseau de minuscules panneaux solaires. Ils captent un faisceau lumineux invisible pour produire localement de "petites étincelles" électriques qui réveillent les circuits nerveux de l’œil." Serge Picaud

Une conception née d’une vision transatlantique
Pendant des années, ce petit groupe travaille sans financement, seulement porté par leur conviction profonde. José-Alain Sahel et Serge Picaud s’associent à Bernard Gilly, entrepreneur, scientifique et investisseur français, figure majeure dans le domaine des biotechnologies et des sciences de la vie, pour créer la société Pixium Vision, en étroite collaboration avec l’Institut de la Vision, au sein de l’Hôpital national des 15-20 à Paris. Leur objectif : traduire les avancées scientifiques en solutions médicales concrètes, en s’appuyant sur des recherches menées à l’Institut de la Vision, centre de référence en ophtalmologie. En parallèle de la poursuite de ces travaux, les équipes de Genève et Paris s’associent aux essais cliniques de la première rétine artificielle produite par Second Sight, qu’ils sont les premiers à implanter en Europe. Le projet franchit un cap décisif au début des années 2010 lorsque Daniel Palanker, physicien à l’Université de Stanford, conçoit le premier prototype expérimental de PRIMA, un implant sous-rétinien miniaturisé. C’est Pixium Vision, devenue récemment Science Corporation, qui va industrialiser la technologie prototypée par Daniel Palanker pour en faire un dispositif clinique innovant, visant à restaurer la vision chez les patients atteints de maladies dégénératives de la rétine, comme la rétinopathie pigmentaire ou la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).
Un mécanisme révolutionnaire : le "panneau solaire" rétinien
Le système PRIMA repose sur une synergie entre un dispositif externe et un implant interne. Une caméra montée sur des lunettes capture l'environnement, transmet les images à un processeur de poche qui les traite (ajustement du contraste, de la luminosité, possibilité de zoom numérique de 1x à 12x), puis les renvoie vers un module de projection proche infrarouge intégré aux lunettes. Ce module va ensuite projeter l’image traitée, à travers la pupille, jusqu’à l’implant préalablement greffé sous la rétine.
C’est dans celui-ci que réside l’innovation en elle-même : une puce de silicium de 2 mm de côté, épaisse de seulement 30 microns, soit la moitié de l’épaisseur d’un cheveu. Contrairement à d’autres systèmes complexes, nécessitant l’implantation d’un fil pour apporter l’électricité nécessaire à leur fonctionnement, cet implant sans fil est alimenté directement par l’énergie délivrée par le faisceau infrarouge. Il est composé (pour la version clinique) de 378 électrodes, représentant autant de pixels, qui convertissent la lumière proche infrarouge en impulsions électriques. Ces impulsions stimulent ensuite les cellules bipolaires de la rétine interne, qui, normalement, sont en contact direct avec les photorécepteurs. Le fonctionnement de l’implant PRIMA respecte ainsi une partie du traitement naturel de l'information visuelle avant sa transmission au cerveau via le nerf optique.

© DR
« L’implant est comme un réseau de minuscules panneaux solaires : alors que les "capteurs" naturels de l’œil sont hors service, ces panneaux captent un faisceau lumineux invisible pour produire localement de "petites étincelles" électriques qui réveillent les circuits nerveux de l’œil », explique Serge Picaud, chercheur et directeur de l’Institut de la Vision.
Propos recueillis par Aline Aurias.
Suite la semaine prochaine ! Lundi 6 avril 2026
Pour aller plus loin :
Lien vers l’étude clinique : https://www.nejm.org/doi/10.1056/ NEJMoa2501396
Lien vers l’étude préclinique : https://doi.org/10.1038/s41551-019 0484-2
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