L'Institut de la Vision, histoire d’une pugnacité collective

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1ere partie de l'histoire de l'Institut de la Vision - Paris. Plus de 300 chercheurs et personnels de recherche, des équipes d’envergure internationale, plusieurs centaines de publications par an, plus de 100 essais cliniques chaque année, un taux record de succès dans la compétition pour les financements de recherche les plus compétitifs (par exemple, l'ERC, European Research Council), un bâtiment et des équipements ultramodernes, intégrant une dizaine de plateformes technologiques de pointe… l’Institut de la Vision est à l’avant-garde de la recherche translationnelle en matière d’ophtalmologie. Mais pour en arriver là, la route a été longue. Des débuts obscurs à l’actuel institut baigné de lumière, jusque dans son architecture, retour chronologique et thématique sur cette incroyable histoire scientifique et humaine, à travers les récits de celles et ceux qui l’ont vécue et la vivent.

En 1987, José-Alain Sahel, un jeune ophtalmologiste...

José-Alain Sahel, un jeune ophtalmologiste formé à Paris, aux Hôpitaux universitaires et à l’université Louis Pasteur de Strasbourg, rentre de l’université Harvard, à Boston, Etats-Unis. Aux USA, le jeune chef de clinique a appris à s’intéresser de près à la rétine, et à la recherche translationelle auprès de deux figures majeures du domaine, Daniel Albert et John Dowling. Pour continuer en France des recherches sur la rétine, il sollicite le doyen de l’université de Strasbourg. Afin d’obtenir un contrat de recherche externe de l’Inserm. Il a besoin d’un peu de place dans un laboratoire. Qu’on lui refuse. « J’étais juste un médecin qui voulait faire de la recherche. Je n’avais pas de crédibilité particulière », explique aujourd’hui le Pr Sahel. Le jeune docteur ne se décourage pas et fait le tour des collègues. L’un d’entre eux finit par lui signaler que la cave de son laboratoire est disponible. C’est dans ce réduit, aidé par une technicienne à temps partiel, que le futur Pr Sahel jette les bases de ce qui deviendra le laboratoire « Physiopathologie Cellulaire et Moléculaire de la Rétine ».

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Entrée de l'Institut de la Vision © SU_LArdhuin

Et puis ils furent cinq, chercheurs, cliniciens, ophtalmologistes

Au tout début des années 90, sa démarche éveille l’attention de Henri Dreyfus à Strasbourg et de David Hicks à Paris, tous deux chercheurs Inserm. Formé à l’étude des mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans la différenciation, la fonction et la survie de la rétine, dans un très grand laboratoire de l’université Rockefeller, à New York, David Hicks est intéressé par l’approche que José-Alain Sahel a envie de mettre en place, cette collaboration entre chercheurs et cliniciens. Dans le même temps, un autre chercheur Inserm, Henri Dreyfus, directeur de l’équipe de « Neurodifférenciation » du centre de Neurochimie du CNRS, puis responsable de l’antenne du centre de Neurochimie du CNRS à Strasbourg Cronenbourg, s’intéresse également à l’aventure balbutiante de José-Alain Sahel. Car peu de personnes travaillent sur le sujet en France, il existait un laboratoire Inserm dirigé par Yves Courtois, un autre dirigé par Janine Nguyen Legros à Paris, une unité dirigée par le Pr Yves Pouliquen. Egalement, une petite équipe va se créer à Montpellier à la même période, là aussi autour d’un ophtalmologiste, lequel avait envisagé de les rejoindre à Strasbourg, à une époque où le projet n’avait qu’un faible potentiel... Ensemble, Sahel, Dreyfus et Hicks créent l’équipe « Physiopathologie rétinienne », dont Henri Dreyfus prend la direction, amenant dans ses bagages une de ses techniciennes, Valérie Forster. « A l’époque, j’étais en stage d’insertion professionnelle dans le laboratoire du Dr Dreyfus. J’y apprenais la culture cellulaire. Et j’ai suivi mon patron. » indique celle qui est aujourd’hui responsable de la culture cellulaire à l’Institut de la Vision. Un changement de doyen, et l’équipe se voit attribuer une ancienne animalerie désaffectée, mais non nettoyée et malodorante ! Ce sera là, dans les toilettes en cours de destruction de l’animalerie du pavillon Laveran de l’université de Strasbourg que David Hicks réalisera la première culture cellulaire de l’équipe.

De l'équipe initiale au laboratoire de recherche

Si la petite équipe a grandi, il faut être trois chercheurs pour être officiellement reconnus comme groupe de recherche. Or, les médecins ne comptent que pour 0,5... Henri Dreyfus contacte alors un de ses anciens collègues du centre de Neurochimie de Strasbourg, Alvaro Rendon, spécialiste de la dystrophie de Duchenne, une pathologie neuromusculaire qui provoque la dégénérescence progressive de tous les muscles de l’organisme. « J’étais alors dans une passe difficile après le décès de ma femme et j’envisageais d’arrêter la recherche. Quand Henri Dreyfus m’a contacté, j’ai d’abord refusé : je n’avais jamais travaillé sur la rétine car il n’y avait pas d’aspect ophtalmologique dans mon domaine de spécialité. Mais au même moment est sortie la première publication scientifique faisant état d’une atteinte rétinienne chez les patients atteints de la myopathie de Duchenne ! Je me suis dit que c’était un signe, et c’est comme ça que j’ai rejoint l’équipe » se rappelle avec enthousiasme Alvaro Rendon, actuellement Directeur de recherche émérite au CNRS. Fort de son petit groupe, Jose-Alain Sahel fait de nouveau le siège de la Faculté de Médecine et obtient pour son équipe toute neuve un étage désaffecté dans une clinique médicale. Rien n’est adapté à la recherche médicale dans cet immeuble, il y a tout à construire. Et dans ce chantier, l’équipe pourra compter sur l’aide de ses patients.

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Institut de la Vision © Brunet Saunier Architecture

Lorsque les patients entrent dans la danse

En effet, lors d’une de ses consultations, José-Alain Sahel reçoit la visite de Gérard Muller et Jean Kuhn, atteints tous deux de rétinopathie pigmentaire. Les deux patients ne sont pas venus pour une consultation en ophtalmologie, d’autant qu’il n’existe à l’époque aucun traitement pour leur pathologie, mais pour discuter avec le jeune professeur d’ophtalmologie du CHU de Strasbourg. Ils ont en effet entendu parler de son projet de transplantation de cellules de la rétine, qui leur donne un véritable espoir. « J’ai rencontré le Pr Sahel pendant ma période de déni, où le handicap s’installait et ma pathologie me devenait visible » se souvient Gérard Muller. « Tout de suite, on lui a demandé comment on pouvait l’aider. Nous avons créé ensemble une association de soutien, l’ADRET, l’Association pour le développement de la rétine et sa transplantation. Mais l’adret, c’est aussi le côté ensoleillé de la montagne. ». A l’arrivée dans l’étage inoccupé de la clinique médicale, les membres de l’équipe et ceux de l’ADRET, qui sont des patients, leurs familles et leurs amis, prennent en main une large part des travaux. Peinture, électricité, maçonnerie, ils font tout eux-mêmes, ou presque, sous la direction d’Alvaro Rendon, catapulté chef de chantier. En parallèle, l’association commence à organiser des évènements caritatifs, pour lever des fonds. Thés dansants, vente de gâteaux sur le marché de Noël de la place Kléber (parfois par -5°C), construction de la plus grande couronne de l’avent de France, évènements au Lions Clubs, grand bal viennois avec orchestre directement importé de Vienne, dîners de gala… les idées ne manquent pas. Membres de l’association, membres de l’équipe et leurs familles, chacun s’implique à sa mesure.

SUITE dans le lien "A lire aussi" ci-dessous : Institut de la Vision, histoire d'une réussite à l'international.

Propos recueillis par Aline Aurias

Photo en vignette : Institut de la Vision © Brunet Saunier Architecture

 

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