Maladies oculaires : l'identification des défauts de gènes

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Suite du reportage du Guide de la Vue consacré à quelques femmes d'excellence de l'Institut de la Vision, avec toute notre admiration pour toutes...
Après nos portraits passionnants des docteures Deniz Dalkara, Valentina Emiliani, Kate Grieve et Annabelle Réaux-Le Goazigo, la rédaction du Guide de la Vue vous présente non pas une mais deux chercheuses d'exception.
D'une part la Pr Isabelle Audo, PU-PH (Professeur des Universités-Praticien Hospitalier) à Sorbonne Université,. Elle est médecin chercheuse spécialisée dans les maladies rétiniennes génétiques, professeure en ophtalmologie à Sorbonne Université, directrice adjointe de l’Institut de la Vision et coordinatrice du Centre des Maladies Rares à l’hôpital des Quinze-Vingts.
D'autre part la Dr Christina Zeitz, directrice de recherche Inserm. A la fois biologiste et généticienne, elle est co-directrice d’équipe à l’Institut de la Vision avec la Pr Audo et responsable du département Génétique. Elle est également experte dans l’identification des gènes impliqués dans les maladies rétiniennes.

Pr Isabelle Audo, le subtil équilibre entre la recherche et la pratique clinique

 

Département : 
Génétique de l'Institut de la Vision

Equipe : 
Identification des défauts de gènes entrainant des maladies oculaires
progressives ou non progressives

Pr Isabelle Audo
© Institut de la Vision – SU_LArdhuin

 

Pour la Pr Isabelle Audo, professeure universitaire et praticienne hospitalière, c’est dès le collège que s’est révélée cette vocation de soigner, avec l’envie de coupler médecine et recherche. Un subtil équilibre qu’elle a réussi à maintenir depuis ses débuts. C’est en revanche un peu « par hasard » pour reprendre ses mots qu’elle arrive en ophtalmologie. « A la base, je voulais faire de l’hématologie, mais après un stage en pédiatrie, j’ai pris conscience que cela me serait trop difficile émotionnellement. Après un passage non concluant en chirurgie générale, j’ai découvert l’ophtalmologie durant mon internat à Lille. Ce fut littéralement le coup de foudre pour la rétine, un tissu passionnant, tant sur le plan médical que scientifique. L’ophtalmologie concerne des pathologies variées dont certaines sont uniquement localisées à l’œil, mais la rétine est également victime d’autres pathologies plus générales, comme le diabète ou les pathologies inflammatoires. Cela en fait une spécialité complète faisant appel à toutes les connaissances acquises durant les années d’études de médecine précédant la spécialité, raconte avec passion la professeure. De plus, par leur composante dégénérative et génétique, les pathologies visuelles touchent à une histoire personnelle et familiale unique. » Rapidement pendant son internat, la Pr Isabelle Audo s’intéresse aux dystrophies rétiniennes d’origine génétique, le département d’explorations fonctionnelles de Lille ayant établi la plus ancienne cohorte française de ces pathologies complexes. Après un DEA auprès du Pr Sahel à Strasbourg, une thèse aux Etats-Unis puis deux ans à Londres, un post-doctorat au côté du Dr Léveillard, la professeure intègre en 2008 le département de génétique de la nouvelle Institut de la Vision, avec la création d’une équipe émergeante qu’elle codirige avec la Dr Christina Zeitz. « Le modèle de l’Institut créé par le Pr Sahel avec sa proximité avec l’hôpital des Quinze-Vingts me permet de garder l’équilibre que j’ai recherché depuis le début entre la clinique et la recherche, et de ne jamais oublier ce principe de base : un questionnement clinique doit nourrir la recherche qui doit en retour toujours bénéficier, in fine, aux patients. » De la connaissance génétique du patient jusqu’à son traitement : tel est le modèle de recherche translationnelle mis en place par l’équipe « A-Z » comme on la surnomme. « La rétine est un tissu très complexe, aussi avant d’envisager de développer des thérapies innovantes, il est essentiel de mieux le comprendre. Le décodage du génome nous a permis d’avancer, mais il reste encore beaucoup de défauts génétiques sous-jacents à identifier. » Pour cela, l’équipe peut s’appuyer sur une large cohorte de patients suivis à l’hôpital des Quinze-Vingts. « Nous nous attachons à caractériser sur le plan génétique l’ensemble des patients cliniquement bien caractérisés consultant au centre de maladies rares afin d’identifier de nouveaux gènes, puis comprendre les voies métaboliques impliquées »,explique la Pr Audo. Pour la recherche fondamentale, l’équipe bénéficie de l’expertise pluridisciplinaire de l’Institut de la Vision, comme celle du Pr Olivier Goureau sur les cellules souches pluripotentes, pour modéliser les pathologies rétiniennes et identifier les mécanismes cellulaires impliqués dans les nouveaux défauts génétiques. En 2021, la Pr Audo fut nommée Directrice adjointe de l’Institut de la Vision par son nouveau directeur Serge Picaud, apportant ainsi la « touche clinique » à l’Institut.
Egalement coordinatrice du Centre de maladies rares des Quinze-Vingts, coordinatrice de l’unité d’électrophysiologie de l’hôpital des Quinze-Vingts, responsable du pôle d’ophtalmo-pédiatrie des Quinze-Vingts et présidente de la Société de Génétique Ophtalmologique Francophone (SGOF), la professeure a trouvé son équilibre entre la clinique et la recherche.

Pr Isabelle Audo - Institut de la Vision
© Institut de la Vision – Cyril-Bruneau

"La rétine est un tissu très complexe, aussi avant d'envisager 
de développer des thérapies innovantes, il est essentiel de mieux le comprendre.
Il reste beaucoup de défauts génétiquessous-jacentsà identifier"

 

Dr Christina Zeitz, de la chimie à la génétique

 

Département :
Génétique de l'Institut de la Vision

Equipe :
Identification des défauts de gènes entrainant des maladies oculaires
progressives ou non progressives

Christina Zeitz
© Institut de la Vision – SU_LArdhuin

 

On a tendance à l’oublier : il y a une trentaine d’années, se lancer dans la recherche scientifique pour une femme n’était pas toujours facile, a fortiori en Allemagne du Sud. Lorsque la Dr Christina Zeitz décide, après une année en tant que jeune fille au pair à Paris, de se lancer dans des études de chimie à l’université, l’accueil ne fut pas des plus chaleureux. « Mais cela m’a donné, au contraire, la motivation pour persévérer », se souvient la généticienne.
Après un premier cursus de Chimie à l’Université de Freiburg, un an dans un laboratoire à Seattle, elle intègre l’Université libre de Berlin, tout en travaillant parallèlement à l’Institut Max Planck pour la génétique moléculaire, où elle découvre le séquençage ADN. « Des grosses molécules de la chimie, je suis ainsi passée aux petites molécules de la génétique. Et c’est un peu par hasard que j’en suis venue à travailler sur la rétine, un tissu qui m’a rapidement passionnée. » Après un master, elle poursuit une thèse qui la mène à Zurich, dans un laboratoire où elle se sent très bien, « mais dans la recherche, il faut toujours bouger. J’avais alors le choix entre trois possibilités : une offre en Autriche et une autre en Allemagne pour un poste d’enseignante-chercheuse et celle de l’Institut de la Vision, qui pour sa création ouvrait deux postes de chef d’équipe sur concours international. » La Dr Christina Zeitz entre ainsi à l’Institut de la Vision en 2008, puis devient directrice de recherche Inserm en 2015. Si en Suisse, ses recherches se concentraient sur la cécité nocturne dont elle s’attacha à identifier les gènes impliqués, ses travaux à l’Institut de la Vision portent, avec la Pr Isabelle Audo, sur les maladies rétiniennes progressives, comme la dystrophie rétinienne. « Je continue cependant de travailler sur la cécité nocturne, cela reste mon hobbie ! », conclut la chercheuse.

Dr Christina Zeitz - Institut de la Vision
© Institut de la Vision – 
SU_LArdhuin

 

"Un de nos objectifs est de caractériser génétiquement une large cohorte de patients
dont la majorité a été cliniquement évaluée et suivie à l'Hopital des Quinze-Vignts"

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