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#Santé

Dr Sophie Piperno-Neumann, une oncologie innovante au plus près des patients

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OPTICIENS ORTHOPTISTES OPHTALMOLOGISTES
31/10/2022

Notre reportage inédit sur les "femmes d'excellence" dans le domaine de l'ophtalmologie se poursuit. Successivement à l'article dédié au Pr Nathalie Cassoux, chef du service d'oncologie oculaire à l'Institut Curie, Le Guide de la Vue s'intéresse au tandem recherche fondamentale & recherche clinique qu'elle forme avec la Dr Sophie Piperno-Neumann, oncologue médicale à l’Institut Curie, spécialiste des mélanomes uvéaux et des sarcomes osseux et des tissus mous. L'oncologie oculaire, un sujet important qui anime la rédaction.

A l’Institut Curie, la cancérologie du futur se construit tous les jours, alliant recherche fondamentale de pointe et soins innovants prodigués aux patients. Une approche « bench to bedside » que la Dr Sophie Piperno-Neumann, oncologue médicale à l’Institut Curie, applique au mélanome uvéal.

La Dr Sophie Piperno-Neumann s’y consacre depuis plus de 20 ans : la lutte contre le mélanome uvéal, cancer de l’œil le plus fréquent chez l’adulte. Touchant de 500 à 600 personnes par an en France, il affecte les mélanocytes, cellules chargées d’un pigment (la mélanine) qui protègent l’uvée contre le rayonnement solaire. Dans près de 90% de cas, il concerne les mélanocytes situés dans la choroïde, partie postérieure de l’uvée recouvrant la rétine.

 

Dr Sophie Piperno-Neumann,

Dr-Sophie-Piperno-Neumann-Institut-Curie-Guide-Vue.fr

© Institut Curie


Les mélanomes uvéaux ont peu en commun avec ceux, plus fréquents, qui affectent la peau. Ils sont « très différents aussi bien histologiquement et génétiquement que d’un point de vue clinique et thérapeutique », rappelle la Dr Sophie Piperno-Neumann. Pratiqué à l’Institut Curie (site d’Orsay) et au centre Antoine Lacassagne de Nice, le traitement local par protonthérapie, forme de radiothérapie ultraprécise permettant d’épargner les tissus sains situés à proximité, permet d’obtenir un contrôle local de la tumeur dans 95% à 98% des cas.

Les métastases, prochain horizon thérapeutique

Le plus grand risque pour les patients réside dans l’apparition de métastases, le plus souvent au foie. Survenant chez 30% à 50% des patients, parfois plus de 10 ans après le traitement initial, les métastases issues d’un mélanome uvéal sont difficiles à traiter, et sont fatales dans l’immense majorité des cas.
Depuis 2020, la Dr Sophie Piperno-Neumann et ses collègues proposent aux patients une stratégie de suivi personnalisé, le protocole SALOME, qui définit la nature et la fréquence des imageries hépatiques en fonction de la taille, de l’épaisseur et des caractéristiques génétiques de la tumeur uvéale. Objectif, évaluer au cas par cas le risque de métastases au foie, afin de les diagnostiquer et de les traiter dès leur survenue.

Une fois la présence de métastases révélée, la biopsie hépatique permet de dresser un bilan d’extension des métastases. S’ensuit alors une réunion de consultation pluridisciplinaire (RCP), regroupant divers spécialistes médicaux, tels qu’oncologues médicaux et radiothérapeutes, chirurgiens digestifs, radiologues, anatomopathologistes et ophtalmologistes. Car c’est de l’étendue des métastases que dépendent les chances du patient face à sa maladie. Dans seulement 10% des cas, en particulier selon son état général, le patient pourra bénéficier d’une chirurgie à visée curative. « Mais si la maladie est diffuse dans le foie, ce n’est pas la peine d’opérer », explique la Dr Sophie Piperno-Neumann.

Pour ces 90% de patients non opérables, le choix thérapeutique, reposant sur la chimiothérapie et l’immunothérapie, est limité. Et d’une efficacité très relative : « seuls 10% des patients vont voir leurs métastases se stabiliser, parfois diminuer, mais jamais disparaître », expose la cancérologue. Du moins jusqu’à l’arrivée récente du tebentafusp, immunothérapie dite « bispécifique » : elle associe, d’une part, un récepteur ciblant l’antigène gp100 présent sur les cellules des mélanomes, d’autre part, un anti-CD3 qui cible et active les capacités antitumorales des lymphocytes T du patient, qui doit être du groupe tissulaire HLA A02:01.

Recherche-en-laboratoire-à-l'Institut-Curie-Guide-Vue-2

En photo : recherche en laboratoire à l'Institut Curie. © Institut Curie

L'espoir de nouvelles thérapies

Disponible en France depuis fin janvier en « accès précoce », ce traitement permet un gain de survie : lors d’une étude de phase III publiée en septembre 2021, les personnes traitées présentaient un risque de décès diminué de 49% après un an de thérapie. Un phénomène observé y compris chez les patients dont les métastases sont en progression, précise la Dr Sophie Piperno-Neumann. Avec ses collègues internationaux, la cancérologue envisage de mener une étude sur l’intérêt d’administrer le tebentafusp en adjuvant, c’est-à-dire en prévention des métastases, juste après le traitement de la tumeur oculaire.

Percée thérapeutique sans précédent dans le traitement des mélanomes uvéaux métastatiques, le tebentafusp ouvre la voie à d’autres médicaments en cours de développement, dont des inhibiteurs d’histone désacétylases, des inhibiteurs de tyrosine kinases, des conjugués anticorps-médicaments (ADC). En matière de recherche de nouveaux médicaments, l’Institut Curie est en pointe. Sa spécificité réside sur l’alliance entre soin, recherche clinique et recherche fondamentale. A la croisée de ces deux dernières, la « recherche translationnelle » instaure un partenariat entre les différentes étapes de la recherche de médicaments.
 

"À l'Institut Curie, la recherche translationnelle permet aux cancérologues de discuter avec des chercheurs."
 

Pour la Dr Sophie Piperno-Neumann, c’est l’un des atouts majeurs de l’Institut Curie. Et l’une des raisons de son retour, fin 2000, en ces lieux où elle a effectué une partie de son internat d’oncologie médicale.
« Cette recherche de transfert permet à des cancérologues comme moi de discuter avec des chercheurs, pour définir ensemble dans quelle direction il faudrait investiguer, qu’il s’agisse d’histoires médicales inhabituelles pouvant aider à la caractérisation biologique, ou de questions non résolues pour lesquelles nous avons besoin d’aide. Avec mes collègues chercheurs, nous avons réussi à instaurer un dialogue, à mettre en place une vraie stratégie « bench to bedside », - du laboratoire au chevet du patient -.
En la matière, le mélanome uvéal est d’ailleurs cité en exemple ». Idem pour les collaborations internationales, ajoute la Dr Sophie Piperno-Neumann, qui coordonne le domaine mélanome uvéal/tumeurs cutanées rares du réseau européen Euracan : « elles sont la règle.Nous sommes une petite communauté, mais on avance tous ensemble ».

Propos recueillis par Romain Loury

Crédit photo vignette : © Institut Curie

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