Pr Nathalie Cassoux, une experte mondiale de l'oncologie oculaire à l'Institut Curie

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En matière de prise en charge des cancers, c’est un exemple à suivre : le réseau MELACHONAT permet d’homogénéiser les pratiques d’oncologie oculaire sur l’ensemble du territoire. Il est coordonné par la Pr Nathalie Cassoux, spécialiste mondiale des cancers de l’œil.

Nec plus ultra de la recherche en cancérologie, l’Institut Curie est également l’un des meilleurs centres mondiaux de prise en charge des cancers de l’œil, qu’ils affectent l’enfant (rétinoblastome) ou l’adulte (mélanome uvéal, carcinome conjonctival, lymphome oculaire). Des cancers pour lesquels, s’il reste encore bien des progrès à faire dans leur prise en charge, des progrès considérables ont été obtenus au cours des dernières années.

Notamment contre le rétinoblastome, qui fait désormais l’objet de traitements locorégionaux - chimiothérapie intravitréenne, chimiothérapie intra-artérielle - permettant d’éviter l’irradiation externe. Ou encore dans le mélanome uvéal, contre lequel la protonthérapie permet d’atteindre jusqu’à 95% de contrôle local de la tumeur. Autant de traitements de pointe pratiqués au service d’oncologie oculaire de l’Institut Curie, dirigé depuis une dizaine d’années par la Pr Nathalie Cassoux.
 

Pr Nathalie Cassoux,

Directrice déléguée du site Paris et chef du service d’oncologie oculaire de l’Institut Curie

© Alexandre Lescure / Institut Curie


Lors de ses études de médecine, Nathalie Cassoux a choisi l’ophtalmologie parce qu’il s’agissait d’« une spécialité à la fois médicale et chirurgicale, et qu’elle voulait aussi faire de la chirurgie », se souvient-elle.
Exerçant d’abord à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement parisien, elle s’y spécialise dans le traitement des inflammations et des infections oculaires, ainsi que dans celui des lymphomes oculaires. Contactée par l’Institut Curie au début des années 2010, elle saute le pas sans hésiter.

Cancers de l'œil,  une importante base de données cliniques

A l’institut, qui héberge le centre national de référence (CNR) du rétinoblastome et du mélanome uvéal, le travail s’avère passionnant. A la croisée entre recherche et soins aux patients, notamment grâce à son département de recherche translationnelle créé en 2003, il dispose d’un précieux outil, qui permet de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre derrière les cancers oculaires : une base de données cliniques « de plus de 8 000 patients, l’une des plus importantes d’Europe », précise la Pr Nathalie Cassoux.
Pour certains de ces patients, l’Institut Curie dispose d’échantillons biologiques, une « tumorothèque » dont le séquençage dévoile une mine d’informations. Notamment pour identifier les voies de signalisation cellulaire impliquées dans ces cancers, et in fine élaborer les thérapies ciblées qui permettront de mieux les traiter.

"La base de données cliniques d'oncologie oculaire de l'Institut Curie
est l'une des plus importantes d'Europe"

En matière de prise en charge des patients, l’Institut Curie cultive certes son statut de centre d’excellence, mais partage largement son expertise, pour le bienfait de tous les patients, quel que soit leur lieu de résidence. Depuis 2013, l’institut coordonne le réseau MELACHONAT, qui regroupe sept centres en région - Nice, Rennes, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon et Strasbourg -. Dédié à la prise en charge des mélanomes de la choroïde, ce réseau labellisé en 2019 par l’Institut national du cancer (INCa) « permet de dispenser des soins sur l’ensemble du territoire, mais aussi d’homogénéiser les soins et les pratiques entre les centres », explique la Pr Nathalie Cassoux.

Si les consultations et le suivi sont assurés par les centres, la prise en charge thérapeutique s’effectue à l’Institut Curie ou au Centre Antoine Lacassagne (Nice). Ces deux centres sont en effet les seuls en France à pratiquer la protonthérapie, technique de radiothérapie ultraprécise qui permet de traiter la tumeur tout en préservant les structures proches, dont les organes sensibles - macula et nerf optique -. Quant au traitement par disque d’iode radioactif, appliqué directement sur l’œil et qui permet d’épargner les glandes lacrymales - et donc d’éviter la sécheresse oculaire consécutive au traitement -, il n’est pratiqué qu’à l’Institut Curie.

Homogénéiser la prise en charge des cancers oculaires, en toute collégialité

Mais l’intérêt du réseau MELACHONAT réside aussi dans la collégialité des décisions médicales. D’abord prises au sein de chaque centre, elles sont validées lors de réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), rassemblant chaque semaine l’ensemble des membres du réseau par visioconférence. Ce qui assure à chaque patient, quel que soit son lieu de résidence, une même qualité de prise en charge, atténuant des inégalités territoriales largement documentées dans d’autres cancers. Ce qui fait du réseau MELACHONAT un bel exemple de décentralisation des soins.

Par sa riche expérience à la tête du service d’oncologie oculaire de l’Institut Curie, la Pr Nathalie Cassoux a coordonné avec sa collègue la Dr Laurence Desjardins, également de l’Institut Curie, la rédaction de l’édition 2022 du rapport annuel de la Société française d’ophtalmologie (SFO), consacré à l’oncologie oculaire. Présenté lors du 128e Congrès international de la SFO, qui s’est tenu en mai au Palais des congrès de Paris, ce rapport dresse l’état de l’art de ce domaine médical, aussi bien en termes de connaissance des divers cancers de l’œil que de prise en charge et de progrès à venir.

Au-delà du département et du service qu’elle dirige, la Pr Nathalie Cassoux est directrice déléguée du site parisien de l’Institut Curie. Une charge prenante, mais qui ne la détourne pas de sa passion pour l’oncologie oculaire : « je ne voudrais pas faire du management à 100%, et j’espère que je continuerai toujours à voir des patients .»

Propos recueillis par Romain Loury

Photo en visgnette © Institut Curie

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