Surpoids, hypertension intracrânienne : surveillez vos yeux !
Liée au surpoids, l'hypertension intracrânienne idiopathique a un retentissement important sur la vision. Grâce à une prise en charge multidisciplinaire (ophtalmologistes, neurologues, diététiciens…), les professionnels de l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild espèrent améliorer la prise en charge de cette maladie, dont l’incidence augmente.

Dr Manon Philibert
Neurologue et neuro ophtalmologue, Cheffe de service adjointe des Urgences Ophtalmologiques à l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild.
Lorsque la pression à l’intérieur du crâne augmente sans cause sous-jacente, on parle d’hypertension intracrânienne idiopathique (HTICI). Les symptômes les plus courants de la HTICI sont des maux de tête et une baisse de la vision. A cause de la pression élevée, on observe chez les patients un œdème papillaire, c’est-à-dire le gonflement de la tête du nerf optique. La Dr Manon Philibert détaille : « Les membranes qui entourent le cerveau et les nerfs optiques baignent dans un même liquide, le liquide cérébro-spinal. L’hypertension intracrânienne idiopathique est une augmentation de la pression au niveau de ce liquide. On retrouve des œdèmes au niveau des yeux, car la pression fait que l’eau diffuse à l’endroit où le nerf optique rentre dans l'œil. De fait, l’ophtalmologiste peut observer au fond d'œil un œdème papillaire. »
Si l’hypertension intracrânienne n’a pas de cause identifiable, elle est plus fréquente chez les personnes en surpoids ou obèse, et de sexe féminin, ce qui laisse à penser que des facteurs hormonaux sont en jeu. L’un des facteurs de risque majeurs est la prise de poids rapide. Avec le surpoids qui augmente dans la population, les cas de HTICI deviennent plus fréquents, comme l’a observé la Dr Manon Philibert : « A l’Hôpital Fondation Rothschild, on comptait 242 consultations par an pour ce motif en 2012. Ce chiffre est passé à 4 000 pour l’année 2023 ». Elle ajoute que la prévention est primordiale : « Il faut sensibiliser la population et les médecins de ville. Une femme en surpoids ayant mal à la tête doit voir un ophtalmologiste pour vérifier qu’il n’y ait pas d’oedème. »

Schéma de l'œil en coupe : à gauche, l'avant de l'œil avec les paupières, les cils, la cornée ;
à droite, le fond de l'œil avec la rétine, la papille et le nerf optique.
Dessin de Michel Saemann - in Larousse Médical © Larousse 2009, avec tous nos remerciements.
Ne peut être reproduit. Illustration adaptée par Guide-vue.fr
« Il faut sensibiliser la population et les médecins de ville. Une femme en surpoids ayant mal à la tête doit voir un ophtalmologiste pour vérifier qu’il n’y ait pas d’œdème. »
Le diagnostic et les traitements
Le signe le plus important de la maladie est la présence d’un œdème papillaire à l’examen du fond d’œil. Pour pouvoir établir le diagnostic, il faut toutefois vérifier en imagerie l’absence d’autres causes d’hypertension intracrânienne, telle qu’une tumeur cérébrale. La ponction lombaire permet de confirmer le diagnostic et de s’assurer que la composition du liquide céphalo-rachidien est normale (absence de méningite).
« D’autres signes indirects sont souvent décrits (élargissement de la gaine des nerfs optiques, aspect aplati du pôle postérieur du globe oculaire…), toutefois, ils ne suffisent pas à poser le diagnostic. Et en l’absence d'œdème papillaire, la présence de maux de tête ne suffit pas à poser le diagnostic », précise la Dr Manon Philibert.
Les traitements de première intention sont la perte de poids et des médicaments tels que l’acétazolamide (Diamox), utilisé dans le traitement du glaucome. « Ce médicament n’a pas d’autorisation en France pour le traitement des œdèmes, mais c’est le seul traitement qui a prouvé son efficacité par un essai randomisé (1). Il y a toutefois des précautions à prendre. La première est qu’il est tératogène, donc contre-indiqué en cas de grossesse. D’autre part, comme il fait baisser le taux de potassium dans le sang, il faut apporter des compléments et faire des prises de sang régulièrement pour vérifier qu’il n’y a pas de dysfonction rénale », détaille la Dr Manon Philibert. Elle rappelle que le traitement essentiel est la perte de poids : « Le médicament a seulement un effet suspensif, pour traiter l’hypertension le temps que la patiente perde du poids. »
D’autres alternatives existent, comme la chirurgie bariatrique pour traiter l’obésité, ou des traitements chirurgicaux de l’hypertension intracrânienne.
Vers une prise en charge pluridisciplinaire
Actuellement, le suivi est fait par l’ophtalmologiste, qui adapte le traitement en fonction de l'œdème, reflétant la pression intracrânienne. Toutefois, le médicament est très mal toléré et entraîne des effets secondaires, tels que la fatigue, des sensations de fourmillements dans les mains et autour de la bouche, l’intolérance aux boissons gazeuses, et une altération du goût. Ces effets secondaires, surtout présents au début, disparaissent à l’arrêt du traitement. « De fait, il est important d’informer et de faire de l’éducation thérapeutique. La prise en charge est difficile et nécessite de faire régulièrement le point avec la patiente pour augmenter la tolérance du traitement », explique la Dr Manon Philibert.
A l'Hôpital Fondation Rothschild, l’objectif est d’améliorer la prise en charge des patients et patientes ayant une HTICI, comme le précise la neurologue : « On cherche à proposer une prise en charge pluridisciplinaire, avec un suivi par l’ophtalmologiste, mais aussi des consultations avec des diététiciens pour aider à perdre du poids. Dans le même temps, des consultations avec un neurologue permettraient d’adapter le traitement pour les maux de tête, faire de l’éducation thérapeutique et dépister les comorbidités (apnée du sommeil par exemple) ». Un parcours de soin basé sur des bilans en hôpital de jour, et plusieurs examens regroupés sur une même journée, seront mis en place afin de faciliter la prise en charge. Le projet a été déployé en début d’année 2026 et est en cours de développement.
(1) Wall M and al, Effect of acetazolamide on visual function in patients with idiopathic intracranial hypertension and mild visual loss: the idiopathic intracranial hypertension treatment trial. JAMA. 2014
Propos recueillis par Sophie Vo
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