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Sécheresse oculaire : comprendre, diagnostiquer et traiter

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OPTICIENS ORTHOPTISTES OPHTALMOLOGISTES
12/10/2026

Picotements, sensation de grain de sable, brûlures, yeux rouges ou vision fluctuante… La sécheresse oculaire est un motif très fréquent de consultation en ophtalmologie.
Longtemps considérée comme un simple inconfort, elle est aujourd’hui reconnue comme une véritable maladie de la surface oculaire. Les progrès réalisés dans le diagnostic permettent désormais d’identifier plus précisément les mécanismes en cause et d’adapter les traitements à chaque patient.

LEVY Natanael

 

Rédaction du Dr Natanael LEVY 
Ophtalmologiste à Marseille 12ème, spécialisé en segment antérieur : surface oculaire, cataracte, ptérygion, chirurgie réfractive.

 

 

 

 

 

La sècheresse oculaire : une maladie fréquente qui peut altérer la qualité de vie

La sécheresse oculaire correspond à une perturbation de l’équilibre du film lacrymal - film de larmes - qui recouvre la surface de l’œil.
Elle peut être liée à une production insuffisante de larmes, mais aussi à une évaporation excessive. Dans de nombreux cas, plusieurs mécanismes sont associés.
Le vieillissement favorise la sécheresse oculaire, mais nos modes de vie jouent également un rôle important : travail prolongé sur écran, diminution du clignement, climatisation, chauffage, exposition au vent ou port prolongé de lentilles de contact.
La majorité des sécheresses oculaires restent modérées. Toutefois, lorsqu’elle devient chronique ou insuffisamment prise en charge, la maladie peut entraîner une gêne importante dans la vie quotidienne : difficultés à lire, fatigue visuelle, inconfort devant les écrans, gêne au port de lentilles ou fluctuations de la vision.
 

Le film lacrymal : un équilibre fragile

Pour comprendre la sécheresse oculaire, il faut s’intéresser au film lacrymal.
Le film lacrymal est une structure complexe qui recouvre en permanence la cornée. Il participe à la lubrification et à la protection de la surface oculaire, à la défense contre les agressions extérieures et à la qualité optique de la vision.
Il dépend notamment de l’équilibre entre la composante aqueuse des larmes, les mucines et la couche lipidique produite principalement par les glandes de Meibomius.
La couche lipidique joue un rôle essentiel : elle limite l’évaporation des larmes. Lorsque cette couche est altérée, les larmes s’évaporent plus rapidement et le film lacrymal devient instable.

 

Film lacrymal

© DR

Cette instabilité peut favoriser une augmentation de l’osmolarité des larmes et une inflammation de la surface oculaire. Un véritable cercle vicieux peut alors s’installer :
Instabilité du film lacrymal → hyperosmolarité → inflammation → atteinte de la surface oculaire → nouvelle instabilité du film lacrymal.
Cette évolution explique pourquoi une sécheresse initialement modérée peut devenir chronique et pourquoi les simples larmes artificielles ne suffisent pas toujours.
 

Quels sont les symptômes de la sècheresse oculaire ?

Les manifestations de la sécheresse oculaire sont variables d’un patient à l’autre.

Les symptômes les plus fréquents sont :

  • sensation de sable ou de corps étranger 
  • picotements ou brûlures 
  • rougeur des yeux, notamment en fin de journée 
  • vision fluctuante ou trouble, parfois améliorée par le clignement 
  • fatigue visuelle devant les écrans 
  • sensation de tension ou de lourdeur des paupières 
  • larmoiement paradoxal 
  • gêne lors du port de lentilles de contact, particulièrement en fin de journée. 

Il est important de noter que l’intensité des symptômes ne correspond pas toujours à l’importance des signes observés lors de l’examen.
 

Quelles sont les causes de la sécheresse oculaire ?

Parmi les principaux facteurs favorisants :

  • l’utilisation prolongée des écrans et la diminution du clignement 
  • les environnements secs : chauffage, climatisation, ventilation, avion ou exposition au vent 
  • le vieillissement et certaines variations hormonales 
  • le port prolongé de lentilles de contact 
  • certains médicaments généraux, notamment certains antihistaminiques ou antidépresseurs 
  • certains traitements locaux, notamment lorsqu’ils contiennent des conservateurs 
  • certaines maladies inflammatoires ou auto-immunes ;
  • les blépharites et les dysfonctionnements des glandes de Meibomius 
  • certaines interventions oculaires, notamment la chirurgie de la cataracte ou la chirurgie réfractive.
     

La rosacée oculaire et le syndrome de Gougerot-Sjögren peuvent également être associés à des formes plus importantes de sécheresse oculaire.

Comment diagnostique-t-on une sécheresse oculaire ?

Le diagnostic commence par un interrogatoire détaillé : ancienneté des symptômes, circonstances d’apparition, exposition aux écrans, port de lentilles, traitements locaux et généraux, antécédents inflammatoires ou auto-immuns.
L’examen de la surface oculaire permet ensuite de rechercher le ou les mécanismes responsables.

Plusieurs examens peuvent être réalisés :

  • le temps de rupture du film lacrymal (TBUT), qui évalue la stabilité du film lacrymal 
  • le test de Schirmer, qui mesure la production lacrymale 
  • l’examen à la lampe à fente, permettant d’observer la surface oculaire et les paupières 
  • la méibographie, qui permet de visualiser les glandes de Meibomius et de rechercher leur éventuelle atrophie 
  • des analyseurs de surface oculaire permettant de combiner plusieurs paramètres : hauteur du ménisque lacrymal, analyse de la couche lipidique, stabilité du film lacrymal et méibographie. 

Ces examens permettent de mieux comprendre le mécanisme de la sécheresse et donc d’orienter le traitement.

Une maladie aux mécanismes multiples

On distingue notamment :

La sécheresse évaporative
Elle est fréquemment associée à un dysfonctionnement des glandes de Meibomius. Lorsque la couche lipidique est insuffisante ou de mauvaise qualité, l’évaporation des larmes augmente.

Le déficit aqueux
La production de larmes peut être insuffisante, notamment dans certaines maladies inflammatoires ou auto-immunes.

L’inflammation de la surface oculaire
L’inflammation peut être à la fois une conséquence et un facteur d’entretien de la maladie.

Les atteintes palpébrales
Les blépharites et les anomalies des glandes de Meibomius peuvent jouer un rôle majeur.

La composante neurosensorielle
La sensibilité cornéenne et les mécanismes de la douleur peuvent également participer aux symptômes. Cela explique notamment certaines situations dans lesquelles la gêne ressentie est importante alors que les lésions observées sont relativement discrètes.

"Deux patients présentant les mêmes symptômes peuvent donc avoir des mécanismes différents et nécessiter des traitements différents."
 

Prévenir la sécheresse oculaire au quotidien

Quelques mesures simples peuvent contribuer à limiter les symptômes :

  • faire des pauses régulières lors d’un travail prolongé sur écran 

  • penser à cligner régulièrement des yeux 

  • éviter de diriger directement vers les yeux les flux d’air du chauffage ou de la climatisation 

  • porter des lunettes de soleil en cas de vent ou de forte luminosité 

  • maintenir une bonne hydratation 

  • avoir une alimentation équilibrée, notamment riche en sources d’oméga-3.
     

Ces mesures ne remplacent pas un bilan ophtalmologique lorsque les symptômes deviennent persistants.
 

Reflexes

© DR


Quand consulter ?

Une gêne légère et occasionnelle après une longue journée devant un écran n’impose pas nécessairement une consultation en urgence.
En revanche, un avis ophtalmologique est recommandé lorsque les symptômes deviennent fréquents ou persistants, notamment en cas de :
•    baisse ou fluctuation importante de la vision ;
•    rougeur persistante ;
•    douleurs importantes ;
•    gêne importante au port de lentilles ;
•    symptômes quotidiens malgré l’utilisation de larmes artificielles ;
•    gêne importante dans les activités quotidiennes.

Un bilan permet d’identifier le mécanisme responsable et d’éviter de multiplier des traitements qui ne correspondent pas nécessairement à la cause de la sécheresse.
 

Découvrez la suite de l'article la semaine prochaine ! Le Dr Natanel Levy décrira les traitements de la sècheresse oculaire.

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