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#Santé

La sécheresse oculaire : des approches classiques aux innovations thérapeutiques

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OPTICIENS ORTHOPTISTES OPHTALMOLOGISTES
19/10/2026

Suite de notre article consacré à la sècheresse oculaire. Des traitements classiques aux technologies innovantes, en passant par les nouvelles molécules, découvrons les dernières avancées thérapeutiques et les perspectives qu’elles offrent dans la prise en charge de cette maladie chronique.

Revoir la première partie de l'article " Sècheresse oculaire : comprendre, diagnostiquer et traiter " >

LEVY Natanael

 

Rédaction du Dr Natanael LEVY 
Ophtalmologiste à Marseille 12ème, spécialisé en segment antérieur : surface oculaire, cataracte, ptérygion, chirurgie réfractive.

 

 

 

 

Sècheresse oculaire : les traitements classiques

Le traitement doit être adapté au mécanisme responsable de la sécheresse. 

Les larmes artificielles 
Elles constituent souvent le premier traitement. Les formulations sans conservateur sont généralement privilégiées, notamment en cas d’utilisation répétée. Le choix du produit dépend de la composante prédominante : déficit aqueux, évaporation excessive ou atteinte mixte. Un gel ou une pommade ophtalmique plus épaisse peut également être proposé le soir dans certaines situations. 

L’hygiène palpébrale 
Elle occupe une place importante lorsque les glandes de Meibomius sont atteintes. Le nettoyage du bord des paupières et l’application de chaleur peuvent contribuer à fluidifier les sécrétions et à améliorer leur évacuation. 

La prise en charge de l'inflammation 
Lorsque l’inflammation de la surface oculaire est importante, l’ophtalmologiste peut proposer différents traitements anti-inflammatoires, selon la situation clinique. Une corticothérapie locale peut être utilisée sur une période limitée dans certaines situations. La ciclosporine topique peut également être proposée dans certaines formes chroniques. 

Les bouchons méatiques
Lorsque le déficit aqueux est important, des bouchons lacrymaux peuvent être proposés. Ils diminuent l’évacuation des larmes par les voies lacrymales afin de prolonger leur présence à la surface de l’œil. Il faut toutefois rappeler qu’une larme artificielle ou un bouchon lacrymal traite principalement les conséquences de la sécheresse. Ils ne corrigent pas nécessairement le mécanisme à l’origine de la maladie.
Voir le schéma du système lacrymal de l’œil >
 

Les traitements physiques et les nouvelles technologies 

Pour les formes chroniques ou insuffisamment contrôlées par les traitements classiques, différentes technologies peuvent être proposées. 

La lumière pulsée intense (IPL) 
L’IPL est notamment utilisée dans certaines formes de sécheresse oculaire associées à un dysfonctionnement des glandes de Meibomius et à une inflammation des paupières. 
Elle utilise des impulsions lumineuses susceptibles d’agir sur plusieurs mécanismes : composante vasculaire et inflammatoire, environnement palpébral et propriétés du meibum. 
Les études disponibles montrent des améliorations de plusieurs paramètres cliniques chez certains patients, notamment la stabilité du film lacrymal et les symptômes. Les résultats restent toutefois variables selon les patients et les mécanismes de sécheresse. 
Les protocoles comportent généralement plusieurs séances espacées de quelques semaines, avec éventuellement des séances d’entretien selon l’évolution. 

La pulsation thermique 
Des dispositifs tels que LipiFlow® associent une chaleur contrôlée à une pression mécanique appliquée au niveau des paupières. L’objectif est de fluidifier le meibum et de favoriser l’évacuation des sécrétions des glandes de Meibomius. Cette approche peut notamment être envisagée lorsque les glandes sont obstruées mais encore fonctionnelles. 

La photobiomodulation 
La photobiomodulation, également appelée LLLT (Low Level Light Therapy), utilise une lumière de faible intensité afin de stimuler certains mécanismes cellulaires. Des travaux préliminaires suggèrent un intérêt potentiel dans certaines formes de dysfonctionnement des glandes de Meibomius. Cette technologie fait encore l’objet d’évaluations cliniques afin de mieux préciser ses indications et son efficacité à long terme. 

Les traitements autologues 
Dans certaines sécheresses sévères, notamment lorsque les traitements conventionnels sont insuffisants, des collyres préparés à partir du sang du patient peuvent être utilisés. Le sérum autologue contient naturellement différents facteurs de croissance et molécules participant à la santé de la surface oculaire. Il est utilisé depuis plusieurs années dans certaines formes sévères de sécheresse. Le plasma riche en facteurs de croissance ou PRFG constitue également une piste dans les sécheresses sévères. 

Les lentilles sclérales 
Dans certaines formes très importantes de sécheresse ou d’atteinte de la surface cornéenne, les lentilles sclérales peuvent constituer une solution thérapeutique. Elles créent un réservoir de liquide devant la cornée, contribuant ainsi à protéger la surface oculaire et à améliorer le confort et parfois la vision. Leur adaptation nécessite un examen spécialisé. 
 

Les nouvelles molécules : vers une prise en charge plus ciblée 

La recherche sur la sécheresse oculaire évolue rapidement avec l’apparition de traitements ciblant des mécanismes de plus en plus précis. 

La varénicline en spray nasal 
La varénicline administrée par voie nasale agit sur des récepteurs présents dans la muqueuse nasale et stimule un réflexe neuro-sécrétoire susceptible d’augmenter la production naturelle de larmes. Cette approche est particulièrement intéressante car elle cherche à stimuler les mécanismes physiologiques de la sécrétion lacrymale plutôt qu’à simplement remplacer les larmes. 

Le récepteur TRPM8 
Le TRPM8 est un récepteur thermosensible impliqué notamment dans les sensations de fraîcheur et dans certains mécanismes de régulation de la surface oculaire. Les recherches actuelles explorent cette voie afin de stimuler les mécanismes sensoriels et réflexes impliqués dans la sécrétion lacrymale. 

Les traitements anti-évaporatifs 
Le perfluorohexyloctane est un collyre non aqueux destiné notamment à réduire l’évaporation des larmes. Il constitue une approche particulièrement intéressante dans certaines sécheresses à composante évaporative. D’autres molécules anti-inflammatoires ciblant des voies immunitaires spécifiques sont également étudiées ou utilisées selon les pays. Ces innovations illustrent l’évolution de la prise en charge : le traitement de la sécheresse oculaire tend progressivement à cibler plus précisément le mécanisme responsable chez chaque patient.
 

Conclusion

La sécheresse oculaire est aujourd’hui considérée comme une maladie chronique et multifactorielle de la surface oculaire, et non comme un simple manque de larmes.

Les larmes artificielles conservent une place importante dans sa prise en charge, mais elles ne constituent qu’un élément d’une stratégie thérapeutique plus globale.

Selon le mécanisme identifié, le traitement peut associer hygiène palpébrale, prise en charge de la dysfonction des glandes de Meibomius, contrôle de l’inflammation, réduction de l’évaporation, traitements physiques, collyres spécifiques ou, dans les formes sévères, traitements autologues ou lentilles sclérales.

"L’enjeu actuel est donc moins de simplement “mettre des larmes” que de comprendre pourquoi l’œil est sec afin de proposer un traitement personnalisé."

Rédaction du Dr Natanael Levy, avec tous nos remerciements pour sa gracieuse contribution. 

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