DMLA, la piste des compléments alimentaires

#Santé Retour aux actualités

Pour les 85% de patients atteints de DMLA dans sa forme sèche, hormis l’autorisation très récente aux Etats-Unis d’une molécule ciblant les formes avancées, la mise au point de traitements représente un enjeu de taille. L’avenir pourrait bien se trouver du côté d’antioxydants naturellement présents dans les aliments. Le point avec la Dr Emeline Nandrot, experte de la physiologie de l'épithélium pigmentaire rétinien et des pathologies liées à son dysfonctionnement.

 

emeline-nandrot-dmla-atrophique-guide-vuec-institut-de-la-vision

Dr Emeline Nandrot, chargée de recherche CNRS. Directrice de l’équipe Physiologie de l’épithélium pigmentaire rétinien et pathologies associées à l’Institut de la Vision. © Institut de la Vision

 

L’épithélium pigmentaire rétinien (EPR) est notamment en charge du « nettoyage » des photorécepteurs, de l’évacuation des déchets qui s’y forment en fonctionnement normal. Mais chez les patients atteints de DMLA, ce mécanisme est perturbé. « Avec l’âge, précise la Dr Nandrot, cette évacuation se fait de moins en moins bien. Les déchets s’accumulent alors dans les cellules de l’EPR et leur oxydation perturbe l’action des cellules, ce qui déclenche un cercle vicieux qui va progressivement altérer le fonctionnement de toute la rétine ». Une fois atteint un certain seuil de dommages, variable selon les personnes, leur génétique et leur mode de vie, l’altération de la vue se déclenche. Une des causes primaires de ce déclenchement étant liée aux phénomènes d’oxydation cellulaires, l’utilisation d’antioxydants pourrait potentiellement le faire reculer de 10 ou 20 ans, ce qui améliorerait grandement la qualité de vie des patients.
C’est en tout cas le pari des Dr Emeline Nandrot et Dr Valérie Fontaine, qui dirigent l’équipe Exploratoire Carnot au sein de l’Institut de la Vision. Leur objectif : tester différents composés issus des aliments (légumes, fruits, épices…), connus pour leurs effets antioxydants et/ou anti-inflammatoires, et explorer leur effet bénéfique sur la progression de la DMLA. Choisir des molécules déjà tolérées par le corps devrait permettre de faciliter l’acceptation de ce traitement, tant par la population générale que par les autorités sanitaires. Les chercheuses tiennent pour l’instant à rester discrètes sur les molécules dont elles vont explorer le potentiel, car elles espèrent pouvoir breveter leur découverte. Citons tout de même le resvératrol. Ce polyphénol au fort pouvoir antioxydant se trouve dans de nombreux végétaux, de la fève de cacao aux myrtilles ou aux arachides, en passant, bien sûr, par le raisin, où il alimente une polémique sur l’effet bénéfique ou non d’un verre de vin rouge par jour. « J’ai déjà testé des extraits de grains de raisin sur mon modèle souris récapitulant certains symptômes de la DMLA et cela semblait maintenir la vision et freiner l’accumulation des déchets, confie Emeline Nandrot, le tout va maintenant être de trouver la bonne formulation, le bon cocktail de molécules, avec les bonnes doses ». Administré sous forme de gélules en préventif pour les personnes à risque, et en soutien pour ralentir la progression de la pathologie chez les patients ayant déclaré une DMLA, le complément alimentaire qu’elles veulent mettre au point permettrait de booster plusieurs fonctions des cellules de l’EPR et de prévenir ainsi l’accumulations de déchets.

Complément alimentaire et DMLA, un projet aux enjeux majeurs

Si les résultats préliminaires obtenus sur modèles animaux sont très prometteurs, la route sera longue pour trouver le bon mélange de molécules, d’autant que certaines peuvent avoir des mécanismes d’action incompatibles, ou bloquer l’absorption intestinale des autres. Autre défi, s’assurer que, malgré une prise orale et donc systémique, les molécules antioxydantes/antiinflammatoires atteignent bien leur tissu cible, l’EPR. Pour explorer cet aspect, les chercheuses se sont associées à la Dr Emmanuelle Reboul, directrice de recherche INRAE dans le Centre de Recherche CardioVasculaire et Nutrition de Marseille. Spécialisée dans la caractérisation du passage de la barrière intestinale et de la quantification des molécules dans les tissus cibles, cette physiologiste a déjà travaillé sur certaines des familles de molécules que ses collaboratrices explorent.

Après des financements de Rétina France et de l’association Valentin Haüy, Emeline Nandrot et ses collègues ont lancé de nouvelles demandes de financement pour des montants plus conséquents afin de lancer un gros projet sur leurs molécules d’intérêt. « On aimerait faire un premier screening pour pouvoir diminuer notre liste, puis ne tester que celles-ci, dans différentes combinaisons et concentrations » explique la Dr Nandrot. Testé sur des modèles de rongeurs, ce projet devrait donner des résultats dans les cinq ans. La disponibilité de ce cocktail antioxydant/antiinflammatoire n’est donc pas pour demain. D’ici là, de simples changements de mode de vie peuvent déjà apporter un bénéfice : « le régime méditerranéen a été associé par des études multicentriques à une diminution de 25% du risque de développer une DMLA, alors que le tabagisme augmente ce même risque de 40% » rappelle ainsi la Dr Nandrot. Plus largement, l’impact de cette complémentation pourrait ne pas se limiter à la DMLA. En effet, le stress oxydant joue un rôle clé dans de nombreuses autres pathologies !

Propos recueillis par Aline Aurias

Back to top