Glaucome, la recherche avance !

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Glaucome : indispensable dépistage et une recherche qui avance !

Le glaucome touche 1 à 2 % de la population de plus de 40 ans et environ 10 % après 70 ans. Environ 1 300 000 personnes sont traitées en France, mais 400 000 présenteraient la maladie sans le savoir, non dépistées et non soignées. 2ème cause de cécité dans les pays développés après la DMLA, le glaucome touche plus de 60 millions de personnes dans le monde, dont plus de 7 millions sont aveugles. Affection oculaire caractérisée par la destruction progressive du nerf optique, le glaucome, en l’absence de traitement, provoque une perte de vision permanente et définitive. On fait le point !

Qu’est-ce que le glaucome ?

Le glaucome est une maladie oculaire due à une montée de la pression oculaire entrainant une atteinte du nerf optique (qui envoie les informations visuelles au cerveau) et du champ visuel (espace de vision). Dans le glaucome, les terminaisons nerveuses du nerf optique sont abîmées au niveau de la rétine et le nerf optique perd progressivement ses fibres. Il en résulte une atteinte progressive du champ de vision : l’espace que voit l’œil se réduit petit à petit, la vision disparaît sur les côtés et du côté du nez mais la vision au centre est longtemps conservée. Si les lésions progressent, la vision centrale disparaît, conduisant à la cécité. Le glaucome est le plus souvent lié à l’augmentation de la pression à l’intérieur de l’œil (hypertension intraoculaire). Dans une minorité de cas, il se développe alors que cette pression est normale.
Mieux comprendre le glaucome en image >

Qu’est-ce que la pression intraoculaire ? À l’intérieur de l’œil, un liquide est produit en permanence : c’est l’humeur aqueuse. Elle est évacuée au travers d’un filtre situé à l’angle entre l’iris et la cornée, appelé trabéculum. Si l'évacuation du liquide est ralentie, la pression à l’intérieur du globe oculaire s’élève anormalement et provoque une altération des fibres du nerf optique.

On distingue principalement le glaucome aigu (ou glaucome par fermeture de l’angle) qui est relativement rare et le glaucome chronique (ou glaucome à angle ouvert), forme la plus fréquente. Le premier est très brutal et lié à l’accolement en quelques instants de l’iris au filtre d’évacuation : associé à d’importantes douleurs et à une baisse de la vue, il s’agit là d’une grande urgence ophtalmologique. Le second (dans 90% des cas) est lié à la fermeture progressive du filtre d’évacuation, le trabéculum. Le fait que ce phénomène soit progressif pendant plusieurs années explique que la personne atteinte ne perçoive aucun déficit visuel ni aucune douleur ! Il existe de rares cas dans lesquels le glaucome n’est pas associé à une augmentation de pression oculaire, mais à des problèmes neurologiques ou vasculaires (ou suite à une inflammation, à une autre maladie de l’œil ou à un traumatisme). Les conséquences sont cependant similaires.

Facteurs et évolution du glaucome

Lorsque les premières gênes visuelles se font sentir et que le glaucome est enfin diagnostiqué, la maladie est déjà très évoluée et l’atteinte visuelle irréversible. Le plus souvent cependant, s’il est diagnostiqué tôt et bien traité, le glaucome n’évolue pas et la vision se stabilise. Les causes du glaucome ne sont pas connues, mais sont vraisemblablement multiples. Certains facteurs peuvent être évoqués : l’augmentation de la pression intraoculaire au-delà de 21 mmHg (la valeur moyenne normale se situant entre 14 et 16 mmHg : toutes les hypertensions intraoculaires ne provoquant heureusement pas de glaucome !) ; l’âge (à partir de 40 ans et plus fréquent lorsqu’on vieillit) ; la myopie, l’hérédité, une hypertension artérielle, un diabète, ou encore la prise prolongée de corticoïdes peuvent accroître ce risque.

Quels symptômes peuvent être révélateurs d’un glaucome déjà évolué ?

Les symptômes révélateurs d'un glaucome avancé sont des douleurs au niveau des yeux, en particulier si elles surviennent la nuit ou le matin au réveil, un brouillard visuel intermittent, une baisse de la vision, notamment sur les côtés (la vision centrale est normale mais elle est perturbée tout autour, comme si on regardait dans un tunnel). Il faut donc aller consulter.

Le dépistage du glaucome : primordial

Du fait de son caractère asymptomatique (développement sans gêne visuelle et le plus souvent sans douleur) le glaucome est une maladie diagnostiquée souvent trop tard. Il est donc primordial de procéder à des examens de dépistage systématique à partir de 40 ans, tous les deux ans (ou plus jeune s’il y a des cas de glaucome dans la famille). Ces examens effectués chez un ophtalmologiste, simples et indolores, sont la mesure de la pression intraoculaire et l’examen du fond de l’œil et du champ visuel.

Quels traitements contre le glaucome ?

De réels progrès ont été réalisés ces dernières années concernant le diagnostic du glaucome qui peut se faire de plus en plus tôt et de plus en plus précisément. Aujourd’hui, les traitements disponibles permettent de stopper l’évolution de la maladie, mais ils ne permettent pas de restaurer la vision perdue lorsque la maladie est déjà évoluée. Au rang des idées reçues : non, une correction par des lunettes est impossible, car ces dernières ne permettent que d’améliorer la projection sur la rétine des images et non de soigner cette atteinte du nerf optique. Pour le glaucome chronique, le but est de faire baisser la pression intraoculaire. Les médicaments disponibles sur le marché, collyres ou comprimés, agissent donc soit en favorisant l’écoulement de l’humeur aqueuse, soit en diminuant sa fabrication. Prescrits à vie, ils permettent de ralentir l’évolution de la maladie. Le recours à la chirurgie ou au laser est préconisé lorsque les médicaments ne sont plus assez efficaces, ou dans le cas d’un glaucome aigu avec une intervention en urgence.
Depuis une quinzaine d’années, une grande avancée a été réalisée par l’équipe du Pr Christophe Baudouin, directeur de recherche à l’Institut de la Vision, chef de service et président de la Commission médicale d’établissement à l’hôpital des Quinze-Vingts et Vice-président de la Société Française du Glaucome. Ses travaux ont permis ainsi de mettre en évidence la toxicité des conservateurs présents dans les gouttes prescrites pour faire baisser la pression intraoculaire, qui au fur et à mesure, provoquent des effets secondaires néfastes pour les patients (yeux secs, irritations, allergies…), avec de possibles conséquences sur les structures profondes de l’œil. En collaboration avec les industriels, des collyres “nouvelle génération” sans conservateur toxique ont été conçus, optimisant ainsi la tolérance locale du traitement. Une avancée fondamentale pour une maladie nécessitant des traitements à vie !

Quelles avancées pour la recherche, sur le glaucome ?

Les avancées technologiques en matière d’imagerie du nerf optique et de la couche de fibres nerveuses de la rétine permettent aujourd’hui de diagnostiquer de façon probante le glaucome dès les premiers stades, et donc de pouvoir arrêter sa progression avant la survenue du déficit visuel. Plusieurs autres pistes thérapeutiques celles-là, sont déjà très prometteuses :

  • Protéger le nerf optique grâce aux chimiokines

C’est un axe de recherche auquel le Pr Christophe Baudouin et ses équipes de l’Institut de la Vision croit beaucoup. On sait que le glaucome détruit le nerf optique. Destruction souvent provoquée par une inflammation au niveau du trabéculum, causant l’augmentation de la pression intraoculaire. « Nos travaux portent sur ces chimiokines, une famille de petites molécules dont nous avons démontré le rôle majeur dans l’attraction des cellules inflammatoires au niveau de la surface oculaire, mais aussi dans les tissus plus profonds. Notre objectif est d’arriver à bloquer la dégénérescence du filtre trabéculaire afin de faire baisser la pression oculaire et par conséquent de protéger le nerf optique, en supprimant les réactions inflammatoires néfastes. Cette nouvelle piste pourrait aboutir, nous l’espérons, à une nouvelle famille de médicaments.» Le rôle de l’inflammation dans la dégénérescence du nerf optique est aussi étudié : « Le blocage de certaines chimiokines pourrait constituer une stratégie innovante pour protéger directement le nerf optique et préserver ainsi la fonction visuelle. En phase exploratoire, nos travaux avancent et nous sommes optimistes. »

  • L’autre espoir des cellules souches 

Il faut aujourd’hui rappeler qu’aucune thérapie cellulaire n’a encore été validée pour soigner un glaucome. Le Pr Baudouin rappelle donc « qu’il faut rester très prudent face à des promesses de traitements très onéreux, faussement spectaculaires et trompeuses, comme celles faites aux USA par des établissements privés mal contrôlés, qui ont abouti à des cécités irréversibles pour les personnes traitées. » La recherche dans ce domaine reste cependant très prometteuse pour les années à venir. « Avec nos équipes, nous conduisons un programme dont l’objectif serait, grâce à des cellules souches, de réparer le trabéculum, le tissu de fibres collagènes situé dans l’angle irido-cornéen et qui assure la filtration de l’humeur aqueuse en dehors de l’oeil (ce mauvais fonctionnement entraîne une augmentation de la pression oculaire, favorisant la survenue du glaucome). Nos résultats préliminaires sont très encourageants et déboucheront à terme, c’est notre espoir, sur des thérapies ciblées. » D’autres pistes exploratoires portent également sur les molécules protectrices (nombreuses, complexes et qu’il faut décoder) produites par les cellules souches. « Je suis convaincu que nous devons continuer à explorer cette voie afin de développer une approche pharmacologique - c’est à dire médicamenteuse - capable de protéger voire de régénérer le nerf optique. Mais le chemin est encore long si l’on veut concilier efficacité et sécurité et des moyens importants restent indispensables pour avancer et aboutir à ces nouvelles thérapies. »

Rédaction réalisée en partenariat avec le Pr Baudouin de l’Institut de la Vision.


Témoignage d'Elisabeth Quin, journaliste sur ARTE et écrivain

« Le diagnostic, il y a 10 ans, est tombé : glaucome, à un stade avancé. D’abord dans le déni (la maladie évolue lentement), j’ai décidé très vite d’apprendre à vivre avec cette vue qui change : mon champ visuel est diminué par le haut et je suis très gênée par l’obscurité et la forte luminosité. Moins d’autonomie au quotidien pour la conduite ou la pratique de certains sports, mais j’ai un tempérament combatif ! Ce n’est pas grave si la vision d’avant (la vision idéale), on ne la retrouve pas. Je ne suis pas dans les ténèbres encore, et je fais tout pour ne pas l’être. Très suivie, je suis suspendue à la recherche qui permettra un jour peut-être d’arrêter la progression de la maladie, voire de réparer le nerf optique. Mon espoir est que dans 10 ans les avancées soient là, car on vit tous de plus en plus âgés, touchés par ces maladies de la vision. Il faut soutenir les chercheurs, les recherches menées à l'Institut de la Vision sont fondamentales, impératives ! »

Elisabeth Quin témoin glaucome
Elisabeth Quin, journaliste sur ARTE et écrivain.
Crédit photo : ©PE Rastoin


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